Ceuta : la juge Tardón réclame les images satellites, Sanchez minimise l'incursion navale
Selon El Confidencial, Pedro Sánchez a reconnu l'entrée de la frégate « Mohamed VI » dans les eaux espagnoles, la qualifiant d'incident « ponctuel ». L'enquête de la juge María Tardón, ouverte sur plainte d'Iustitia Europa, vise une « gestion favorisant » le flux migratoire.
Le 12 octobre, le président du gouvernement Pedro Sánchez a reconnu devant les journalistes l'entrée de la frégate « Mohamed VI » dans les eaux de souveraineté espagnole au large de Ceuta, survenue à partir du 30 juillet. Il a qualifié l'épisode d'incident « ponctuel » et réaffirmé ne disposer « d'aucune preuve permettant de penser que le Maroc est intervenu dans l'entrée massive » de migrants, rapporte El Confidencial dans son édition du 14 octobre. Deux jours plus tôt, la ministre porte-parole du gouvernement avait éludé trois questions sur l'absence d'information au Congrès concernant cette incursion navale, la réduisant là encore à un fait « ponctuel » « malgré l'intervention de l'Armada espagnole », selon le même média.
L'instruction judiciaire blinde le dossier et vise une « gestion favorisant » le flux
L'ouverture de l'enquête par l'Audience nationale, confirmée le 7 septembre par Le Monde et El Mundo, repose sur une plainte de l'organisation Iustitia Europa. Dans son auto du 7 septembre, la juge María Tardón valide le rapport du CENIF (Centre national d'immigration et frontières) qui établit une « gestion claire et indubitable favorisant le processus depuis le territoire du Maroc ». La magistrate déclare l'Audience nationale compétente pour des délits commis à l'étranger ayant porté atteinte à l'intégrité territoriale (article 2 de la Constitution), citant les propos de Sánchez qualifiant l'événement d'« attaque contre l'État ». Euronews, le 8 septembre, précise que l'enquête vise des délits contre la paix et l'indépendance de l'État, homicides involontaires, 84 morts selon l'auto, environ 140 selon le bilan global dont 83 dans les eaux espagnoles, et organisation criminelle, la juge relevant que « l'utilisation des flux migratoires constitue l'une des méthodes employées dans les opérations de “guerre hybride” ».
La décision du 8 septembre identifie une structure à cinq niveaux. Au troisième niveau figurent « des membres des forces de sécurité marocaines, en uniforme ou en civil », présentés comme organisateurs du flux sur le terrain. « Certains agents en uniforme auraient donné des indications pour orienter les personnes qui tentaient de franchir la frontière et de surmonter les obstacles jusqu'à la zone proche de la plage de Fnideq et de l'eau », écrit la juge, cité par Euronews. Le 16 septembre, María Tardón a ordonné la remise d'images satellitaires, terrestres, maritimes et aériennes pour la période du 20 juillet au 7 août, demandant « autant d'images satellitaires qu'il en dispose » ainsi que les « images vidéographiques qu'elle aurait pu obtenir via ses commandements opérationnels aérien, maritime et terrestrial », détaille El Confidencial. La requête s'étend à tous les centres de renseignement de la Défense (EMAD, CIFAS, Mando Conjunto del Ciberespacio) et aux alertes de risque émises avant l'assaut. Le 29 septembre, la juge a ouvert une pièce secrète pour protéger l'enquête des fuites, évoquant des indices d'implication de « personnes exerçant de hautes responsabilités dans des institutions publiques » et de « relations avec des individus liés à des gouvernements étrangers ».
L'exécutif espagnol contredit l'hypothèse d'une implication étatique marocaine
Face à ces réquisitions, le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska a nié dès le 7 septembre toute preuve d'intervention marocaine. « À ce jour il n'existe aucun élément soutenu par un fait minimalement logique, raisonnable et objectif d'intervention quelconque ni du Maroc ni d'aucun autre État, ni d'aucun agent ou personne concrète comme auteur intellectuel de la crise de Ceuta », a-t-il affirmé, selon El Mundo. Cette position contraste avec l'ordonnance de la juge qui pointe une « intentionnalité d'attenter contre l'État » et la reconnaissance par Sánchez lui-même d'une incursion navale militaire marocaine. L'instruction devra également déterminer les responsabilités du côté espagnol, notamment « l'articulation de moyens de réponse adéquats sur le territoire espagnol, en relation avec l'information et alertes de son possible avènement », note El Mundo. Une alerte « risque extrême » avait été émise le 29 juillet par le Centre national de coordination des postes frontaliers prévoyant un scénario d'entrées coordonnées à la nage et par franchissement de la clôture, rappelle Euronews.
L'enquête se poursuit sous le régime du secret partiel.
Sources
- •El Confidencial (elconfidencial.com), 14 octobre 2026
- •El Mundo (elmundo.es), 7 septembre 2026
- •Euronews (fr.euronews.com), 8 septembre 2026
- •Le Monde (lemonde.fr), 7 septembre 2026
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