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Ceuta : Macron parle d’« attaque » sans accuser le Maroc, ce que disent vraiment les faits

·5 min de lecture
Ceuta : Macron parle d’« attaque » sans accuser le Maroc, ce que disent vraiment les faits
© LesMRE

À Madrid, le 30 septembre, Emmanuel Macron a qualifié l’entrée massive de juillet à Ceuta d’« attaque multiple ». Il n’a pas nommé le Maroc et a plaidé pour coopérer avec les autorités marocaines. La police espagnole dément tout rapport impliquant le Maroc.

En bref

  • •Le 30 septembre 2026, à Madrid, Emmanuel Macron a déclaré que l’Espagne avait été « victime d’une attaque » à Ceuta, une « attaque multiple » organisée selon lui à travers les réseaux sociaux.
  • •Il n’a pas nommé le Maroc, et il a demandé que les retours de migrants soient organisés en coordination avec les autorités marocaines.
  • •La direction de la police espagnole dément l’existence de tout rapport attribuant aux forces marocaines la planification de ces événements.
  • •Le Maroc rappelle qu’aucune preuve ne l’implique et refuse d’être utilisé comme « outil politique préélectoral ».

Ce que Macron a dit, mot pour mot

Lors d’une conférence de presse commune avec Pedro Sánchez au palais de la Moncloa, le président français a parlé de l’entrée massive des 30 et 31 juillet à Ceuta. Selon les comptes rendus de la presse espagnole et d’Euronews, il a employé deux expressions : l’Espagne a été « victime d’une attaque », et il s’agissait d’une « attaque multiple », menée à travers les réseaux sociaux pour pousser des milliers de personnes, dont des mineurs, à tenter le passage. Il a déploré 141 morts.

Trois points comptent autant que le mot « attaque » :

  • •Emmanuel Macron n’a pas désigné le Maroc comme auteur.
  • •Il décrit un mécanisme passé par les réseaux sociaux, c’est-à-dire la même explication que le gouvernement espagnol.
  • •Il a souhaité que les retours de migrants se fassent en coordination avec les autorités marocaines, ce qui suppose un partenaire et non un adversaire.

Pourquoi le mot pose problème vu du Maroc

La déclaration tombe à Madrid, cinq jours avant la dissolution des Cortes et l’annonce d’élections anticipées pour le 29 novembre. Une partie de l’opposition espagnole accuse déjà le Maroc d’avoir organisé ces entrées, et le parti Vox en fait un argument de campagne. Dans ce climat, le mot « attaque », prononcé sans nommer d’auteur, se prête à toutes les lectures, y compris celle qu’Emmanuel Macron n’a pas faite.

Un chef d’État qui parle d’attaque sans dire qui attaque laisse le soin de compléter la phrase à ceux qui ont intérêt à le faire. C’est précisément ce que Rabat redoute quand il refuse d’être « le bouc émissaire de règlements de comptes politiciens ».

Ce que les faits établissent

La police espagnole dément. Le 2 septembre 2026, le directeur général de la Police nationale a écrit au ministre de l’Intérieur qu’« aucun rapport de police n’attribue aux forces de sécurité marocaines la planification ou l’exécution » de ces événements. Le document repris par une partie de la presse est une note d’unité transmise à une juge de l’Audiencia Nacional, que la direction de la police a désavouée.

Le gouvernement espagnol n’accuse pas le Maroc. Il attribue l’afflux à de fausses rumeurs diffusées en ligne et aux réseaux de passeurs, une lecture que les mots d’Emmanuel Macron rejoignent.

Le bilan humain est lourd. Environ 80 000 personnes sont entrées à Ceuta selon la presse espagnole, et 141 ont perdu la vie selon le président français. Ce drame appelle une enquête sérieuse, ce que demande aussi le Maroc.

La position du Maroc

Le 10 septembre 2026, le ministère marocain des Affaires étrangères a rappelé :

  • •que la coopération migratoire entre les deux pays a toujours été « coordonnée et efficace », et qu’elle a sauvé des vies et démantelé des réseaux criminels, au prix de pertes humaines et matérielles du côté des forces marocaines ;
  • •qu’« aucune preuve, aucun fait ni aucun rapport » n’établit une implication des autorités marocaines ;
  • •que les événements de juillet appellent une enquête approfondie pour en établir les circonstances et identifier d’éventuelles ingérences ;
  • •que le Maroc « refuse d’être utilisé comme un outil politique préélectoral ».

Le ministère rappelle aussi le poids de la relation : l’Espagne est le premier partenaire économique du Maroc, et le Maroc le deuxième partenaire commercial de l’Espagne hors Union européenne.

Le contexte franco-marocain

La déclaration de Madrid ne remet pas en cause la relation entre Paris et Rabat. En juillet 2024, la France a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara, et la visite d’État d’octobre 2024 a ouvert un « partenariat d’exception renforcé ». L’appel d’Emmanuel Macron à travailler avec les autorités marocaines sur les retours s’inscrit dans cette logique de coopération.

Pour les MRE

Ce débat politique ne change rien aux démarches des Marocains d’Espagne et de France. Pour les conséquences pratiques des élections espagnoles du 29 novembre, régularisation comprise, voir notre article Élections anticipées en Espagne : ce qui change pour les Marocains d’Espagne.

Sources

  • •Conférence de presse d’Emmanuel Macron et Pedro Sánchez à la Moncloa, 30 septembre 2026 (Europa Press via Infobae, Euronews).
  • •Lettre du directeur général de la Police nationale au ministre de l’Intérieur, 2 septembre 2026 (Libertad Digital).
  • •Position du gouvernement espagnol sur l’afflux à Ceuta (Euronews, 2 septembre 2026).
  • •Communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères, 10 septembre 2026 (Atalayar).
  • •Reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara (juillet 2024) et visite d’État d’octobre 2024 (allAfrica).
  • •Photo de couverture : la côte de Fnideq vue de Ceuta, par Xemenendura, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

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