Émeutes de Liège et blocages d'écoles en Belgique : ce que risque un jeune d'origine marocaine arrêté
Depuis le 1er octobre, la police de Liège a arrêté 194 personnes, dont 114 mineurs. Le mouvement lycéen, né d'une hausse des heures de cours, s'est étendu à Mons, Charleroi et Bruxelles. Les familles marocaines s'interrogent sur les risques pour un jeune arrêté, entre mesures pénales, droit au séjour et nationalité belge.
Liège est devenue l'épicentre de la colère lycéenne belge. Depuis le 1er octobre, la police locale y a procédé à 194 arrestations, dont 114 mineurs, et 43 policiers ont été blessés (bilan au 8 octobre, relayé par la VRT). Le bourgmestre a interdit tout rassemblement de plus de 3 personnes jusqu'au 16 octobre. Le mouvement a gagné Mons, Charleroi et Bruxelles. Pour les familles marocaines de Belgique, deux questions se posent : d'où vient ce mouvement, et que risque un jeune arrêté ?
Une colère née de l'école
À l'origine, une mesure de la Fédération Wallonie-Bruxelles : depuis la rentrée, les enseignants des trois dernières années du secondaire donnent 22 heures de cours au lieu de 20. S'y ajoutent les économies budgétaires et la hausse du minerval étudiant. Les élèves se mobilisent en soutien à leurs professeurs, dans le sillage du mouvement lycéen français, avec des revendications propres.
Le 9 octobre, une autre mobilisation a rempli Bruxelles : la manifestation nationale des syndicats FGTB et CSC contre la politique du gouvernement fédéral, avec 30 000 participants selon la police et 50 000 selon la FGTB. Des échauffourées ont éclaté en marge, près de la gare Centrale et de la gare du Midi.
Ce que disent les responsables politiques
Cette fois, le cadrage dominant n'est pas l'immigration. Le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin pointe « la responsabilité des parents, des écoles, mais aussi du mouvement antifa ». Le ministre de la Défense Theo Francken et Georges-Louis Bouchez visent TikTok et réclament des sanctions pour les parents. Nos recherches n'ont trouvé, à ce jour, aucune déclaration du Vlaams Belang reliant ces émeutes à l'immigration.
Le précédent existe pourtant. Le 27 novembre 2022, après la victoire du Maroc contre la Belgique en Coupe du monde, des violences avaient éclaté à Bruxelles. Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang, avait alors lancé : « Nous avons un problème marocain ». Le bilan de la soirée, selon Reuters et l'AFP : 1 arrestation judiciaire et 12 interpellations, dans une ville où des milliers de supporters avaient fêté la victoire sans incident.
Ce qui est établi : la Belgique ne collecte aucune donnée sur l'origine des personnes contrôlées ou arrêtées. Aucune source n'a publié l'origine ou la nationalité des jeunes arrêtés à Liège, Charleroi ou Bruxelles. Toute affirmation sur leur origine ne repose sur aucun chiffre.
Arrêté : ce qui se passe
L'arrestation administrative, la plus fréquente en manifestation, ne peut pas dépasser 12 heures. Pour un mineur, la personne qui en a la garde est prévenue d'office. L'arrestation judiciaire dure au maximum 48 heures avant la décision d'un juge, avec droit à un avocat dès la première audition (loi sur la fonction de police, Constitution, lois « Salduz »).
Ce que prévoit le nouveau Code pénal
Depuis le 1er septembre 2026, un nouveau Code pénal s'applique en Belgique. Il classe les peines en 8 niveaux et pose que la prison est un « ultime recours » (article 27). Pour les faits les plus courants en manifestation :
- •rébellion simple : niveau 1, sans prison, amende de 200 à 20 000 euros ou peine alternative (article 644) ;
- •rébellion collective, à deux ou plus : niveau 3, plus de 3 à 5 ans (article 645) ;
- •vandalisme simple : niveau 1 ; sur un bâtiment public ou un moyen de transport : niveau 2, voire 3 si le dommage est grave ;
- •violences contre un policier ou un enseignant : niveaux 2 à 5 selon la gravité (article 202) ;
- •incendie d'un édifice ou d'un moyen de transport : niveau 3, voire 4.
Une disposition mérite d'être connue des jeunes : celui qui participe à une rébellion collective sans en être meneur, et qui se retire dès le premier avertissement des autorités, n'est pas puni (article 646).
Les mineurs
Un mineur ne reçoit pas de peine mais des mesures, selon le décret de 2018 de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Avant 12 ans, seule la réprimande est possible. Le placement en institution publique (IPPJ) est en principe réservé aux jeunes de 14 ans et plus, pour des faits graves. Le renvoi vers la justice des adultes n'est possible qu'à partir de 16 ans et à des conditions strictes.
Pour un jeune de nationalité marocaine, ce qui s'ajoute
Le séjour. La loi du 15 décembre 1980 permet de mettre fin au séjour d'un étranger « pour des raisons d'ordre public » (article 21). Pour un étranger établi ou installé légalement depuis au moins 10 ans, il faut des « raisons graves » (article 22). La décision doit reposer sur le comportement personnel et une menace réelle, actuelle et suffisamment grave, en tenant compte de la durée du séjour, des liens avec la Belgique et de la famille (article 23).
Un jeune né en Belgique ou arrivé avant 12 ans est mieux protégé : selon la Cour constitutionnelle (arrêt 112/2019), son éloignement n'est possible qu'en cas de terrorisme ou de criminalité très grave. Pour un membre de la famille d'un Belge, une condamnation ne suffit pas à elle seule (article 45).
La nationalité. Pour acquérir la nationalité belge, des « faits personnels graves » peuvent fermer la porte, et le procureur du Roi peut rendre un avis négatif (Code de la nationalité, articles 1er et 15). Un Belgo-Marocain qui tient sa nationalité belge d'un parent belge à la naissance ne peut pas en être déchu. Pour les autres, la déchéance exige une condamnation à au moins 5 ans de prison ferme pour une infraction grave figurant sur une liste fixée par la loi.
Les contrôles de police
Faute de statistiques officielles, les données restent partielles. En 2018, Amnesty International a interrogé 48 policiers dans 9 zones, dont Liège, Charleroi et Bruxelles : la moitié reconnaissait un problème de profilage ethnique. L'enquête européenne de la FRA (données de 2008) mesurait que 24 % des Nord-Africains avaient été contrôlés en 12 mois, contre 12 % de la population majoritaire des mêmes quartiers. À l'inverse, une étude commandée par Unia sur une zone de Bruxelles-Nord n'a pas conclu à un profilage « systémique ».
Ce que les familles doivent savoir
Une arrestation en marge d'un blocus se termine le plus souvent sans prison, surtout pour un mineur. Mais pour un jeune sans nationalité belge, elle peut laisser une trace qui pèsera le jour d'une demande de titre de séjour ou de nationalité.
Sources : VRT NWS, 8 octobre 2026 ; Paris Match Belgique, 6 octobre 2026 ; La Libre, 8 octobre 2026 ; L'Avenir, 9 octobre 2026 ; Reuters et AFP, 28 novembre 2022 ; RTBF, 28 novembre 2022 ; SPF Justice ; Justel (nouveau Code pénal, loi du 15 décembre 1980, Code de la nationalité, loi sur la fonction de police) ; décret de la Fédération Wallonie-Bruxelles du 18 janvier 2018 ; Cour constitutionnelle, arrêt 112/2019 ; Amnesty International Belgique, 2018 ; Agence des droits fondamentaux de l'UE ; BX1, 3 juillet 2020.
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