Maroc : la marine royale assume sa présence au large de Ceuta face aux revendications espagnoles
Selon La Razón, les incursions de navires marocains dans les eaux espagnoles au large de Ceuta, fin juillet et début août, coïncident avec une entrée massive de migrants. El País révèle des incursions intentionnelles et répétées, confirmées par Pedro Sánchez.
Les incursions de navires de guerre marocains dans les eaux espagnoles au large de Ceuta, coïncidant avec l'entrée massive de migrants par la frontière terrestre à la fin du mois de juillet et aux dates ultérieures, méritent une réflexion qui va au-delà des incidents navals eux-mêmes et de leurs possibles conséquences diplomatiques, écrit La Razón dans son édition du 22 octobre. Le quotidien espagnol réagit ainsi à la série de révélations publiées mi-octobre par El País et reprises par France 24, confirmées depuis par le président Pedro Sánchez.
Ce qui s'est passé fin juillet et début août
Le 30 et 31 juillet, tandis que plus de 70 000 personnes traversaient la frontière de Ceuta depuis le Maroc, une frégate et plusieurs patrouilleurs marocains sont entrés sans autorisation dans les eaux espagnoles, relate El País le 15 octobre, citant une exclusive confirmée. Les incursions se sont poursuivies pendant les premiers jours d'août et la tension a failli provoquer une collision entre des bateaux militaires des deux pays, ajoute le journal. Selon les sources citées par le journal, il ne s'est pas agi d'un transit accidentel, mais d'incursions intentionnelles et répétées, rapporte France 24 le 12 octobre. Dans les dernières heures, le président espagnol, Pedro Sánchez, a confirmé l'entrée de ces navires marocains dans les eaux de Ceuta, précise la même source. Face à la persistance des manœuvres, l'Espagne a déployé le bâtiment d'action maritime Rayo, puis les frégates Santa María et Navarra, qui ont accosté à Ceuta le 6 août pour transférer une équipe d'infanterie de marine, détaille France 24.
Ce que montrent les faits : absence de lien prouvé et cadre juridique contesté
Les sources consultées par El País n'ont pas confirmé que les deux épisodes répondaient à une opération coordonnée ni attribué de façon concluante au Maroc l'organisation des arrivées, note France 24. Sur le plan juridique, La Razón rappelle le 22 octobre que Ceuta et Melilla ne figurent pas sur la liste des territoires en attente de décolonisation, contrairement à Gibraltar ou au Sahara occidental. Le quotidien cite la déclaration officielle déposée par l'Espagne en septembre 2008, en réponse à celle formulée par le Maroc lors de sa ratification de la Convention l'année précédente. Madrid y réaffirmait expressément que Ceuta, Melilla et les autres territoires espagnols du nord font partie intégrante de l'Espagne, qu'elle exerce une pleine souveraineté sur eux et sur leurs espaces maritimes correspondants, et que les lois maritimes marocaines ne lui sont pas opposables lorsqu'elles résultent incompatibles avec la Convention. Le droit de passage inoffensif pour les navires de guerre exige un transit rapide et ininterrompu, et exclut expressément les exercices d'armes, l'espionnage ou toute activité non liée à la navigation, précise La Razón.
La lecture espagnole et la position marocaine implicite
Le lieutenant-général à la retraite Francisco Gan Pampols affirme que les incursions visent à « mettre en échec la souveraineté espagnole » et constituent des actions de déstabilisation, rapporte El Español le 17 octobre. Il considère que le patrouillage de routine en eaux territoriales d'un autre pays sans accord de coopération est une « claire violation du droit international ». Les manœuvres observées, mouillage, changements de cap, approches de la côte, remettent en cause le « passage inoffensif » et laissent présumer d'autres intentions, selon le même officier. Ces incursions s'inscrivent dans une stratégie de « pression hybride » et de « zone grise », marquant un « saut qualitatif » dans la dynamique de coercition, analyse-t-il. Des figures de la défense réaffirment que Ceuta et Melilla n'appartiennent pas à l'Espagne mais qu'elles sont l'Espagne, écartant toute négociation sur leur souveraineté. Le Maroc dispose, en outre, d'une importante installation navale à Ksar Sghir, située à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Ceuta, d'où opèrent la frégate Mohammed VI et des embarcations de classe Sigma, rappelle France 24. Des embarcations de la Gendarmerie marocaine sont déjà entrées dans des eaux considérées comme espagnoles lors de poursuites de prétendus narco-bateaux.
La Constitution espagnole confie aux Forces armées la mission de garantir la souveraineté et l'indépendance de l'Espagne et de défendre son intégrité territoriale.
Sources
- •La Razón (larazon.es), 22 octobre 2026
- •El País (elpais.com), 15 octobre 2026
- •France 24 (france24.com), 12 octobre 2026
- •El Español (elespanol.com), 17 octobre 2026
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