La loi marocaine régit les successions au Maroc selon les règles islamiques de l'héritage (fara'id). Un testament marocain (wasiyya) permet de léguer jusqu'à 1/3 de ses biens à des personnes qui ne sont pas héritières légales, les 2/3 restants étant obligatoirement partagés selon les règles coraniques. Pour les MRE, rédiger ce testament depuis l'étranger est possible mais requiert une approche rigoureuse.
Coûts et frais
| Honoraires notaire marocain (acte de testament) | 300–800 DH | Hors timbre fiscal |
| Timbre fiscal | 20–50 DH | Variable selon acte |
| Traduction assermentée des pièces | 100–300 EUR | Si documents étrangers à fournir |
| Légalisation / apostille | 30–100 EUR | Pour documents rédigés à l'étranger |
| Procuration notariée (si signature par procuration) | 150–300 EUR | Chez un notaire français ou belge |
Délais à prévoir
Inventorier ses biens au Maroc et identifier les bénéficiaires
Avant de rédiger un testament, dressez la liste précise de tous vos biens situés au Maroc : biens immobiliers (appartements, terrains, maisons), comptes bancaires marocains, parts de société, véhicules, bijoux et autres actifs. Pour chaque bien, identifiez les héritiers légaux selon le droit marocain (conjoint, enfants, parents, frères et sœurs selon leur rang). Ensuite, identifiez les personnes ou causes à qui vous souhaitez léguer une part — ces personnes doivent être des non-héritiers légaux pour figurer dans le testament (wasiyya).
💡 Conseil — Consultez un avocat ou notaire spécialisé pour dresser la liste de vos héritiers légaux selon les règles islamiques. La hiérarchie peut surprendre : par exemple, en présence d'enfants mâles, les filles héritent de moitié.
Comprendre les règles de la wasiyya (1/3 maximum)
La wasiyya (testament islamique) est strictement encadrée : vous ne pouvez léguer par testament qu'au maximum 1/3 de votre patrimoine total, et uniquement à des personnes qui ne sont pas déjà vos héritiers légaux. Il est interdit de léguer à un héritier légal (héritier réservataire) par testament sans l'accord des autres héritiers. Les 2/3 restants sont partagés selon les règles coraniques (fara'id) indépendamment de vos souhaits. Un conjoint étranger non-musulman peut être bénéficiaire de ce tiers si votre testament le stipule expressément.
💡 Conseil — Le tiers libre peut être légué à une association, une oeuvre caritative, un ami, un enfant naturel non reconnu, ou votre conjoint étranger. C'est le seul levier de personnalisation du droit successoral marocain.
⚠️ Attention — Tenter de léguer plus d'1/3 de vos biens à des non-héritiers ou de déshériter un héritier réservataire rendra cette partie du testament nulle et non avenue. Le tribunal marocain l'annulera.
Contacter un notaire marocain (en personne ou par procuration)
Le testament le plus solide juridiquement est l'acte notarié marocain, rédigé devant un notaire (adoul ou notaire de droit moderne). Si vous êtes à l'étranger, deux options existent : vous déplacez au Maroc pour signer l'acte, ou vous établissez une procuration notariée dans votre pays de résidence donnant pouvoir à un représentant (membre de la famille ou avocat) de signer à votre place au Maroc. La procuration doit être apostillée et traduite en arabe. Un testament olographe (écrit de la main, daté, signé) rédigé en France est légalement valable mais son application aux biens marocains peut être complexe.
💡 Conseil — Plusieurs notaires marocains proposent des consultations à distance par visioconférence pour préparer le dossier avant votre venue. Renseignez-vous auprès de l'Association des Notaires du Maroc.
⚠️ Attention — Évitez le testament olographe seul pour vos biens marocains. Sans acte notarié marocain, les héritiers devront engager une procédure de reconnaissance du testament étranger, longue et coûteuse.
Rédiger et signer l'acte de testament devant notaire
Lors de la signature chez le notaire marocain, vous dictez ou remettez le texte de votre testament. Le notaire vérifie la conformité avec la loi marocaine (règle du 1/3, identité des bénéficiaires, description précise des biens légués). L'acte est ensuite signé devant deux témoins adultes musulmans (adoul) et enregistré. Le notaire remet un exemplaire original et conserve une copie dans ses registres. Si vous passez par procuration, votre représentant accomplit cette étape à votre place avec la procuration apostillée.
💡 Conseil — Décrivez les biens légués avec la plus grande précision : numéro de titre foncier, adresse complète, désignation cadastrale. Une description vague peut conduire à des litiges lors de la succession.
Conserver le testament et informer les personnes concernées
Conservez l'original du testament en lieu sûr (coffre-fort, notaire) et remettez une copie certifiée conforme à une personne de confiance. Informez les bénéficiaires de l'existence du testament sans nécessairement leur en révéler le contenu. Il est prudent d'indiquer à un proche l'emplacement de l'acte. En France, vous pouvez également enregistrer votre testament au Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (FCDDV) pour 27 EUR — cela facilite sa découverte après décès. Mettez le testament à jour après chaque acquisition ou cession importante d'un bien au Maroc.
💡 Conseil — Relisez votre testament tous les 3 à 5 ans et après tout événement familial majeur (mariage, naissance, divorce) pour vous assurer qu'il reflète toujours vos volontés.
⚠️ Attention — Ne remettez pas l'original du testament aux bénéficiaires de votre vivant. En cas de brouille, ils pourraient l'utiliser à mauvais escient ou le détruire.
Pour aller plus loin
Le droit successoral marocain est d'ordre public : même si vous résidez en France depuis 30 ans, vos biens situés au Maroc seront partagés selon la loi marocaine (règles de fara'id) au décès. Le Règlement européen sur les successions (Bruxelles IV, 2015) permet aux ressortissants d'un État tiers de choisir la loi de leur nationalité — un MRE de nationalité marocaine peut donc choisir la loi marocaine pour l'ensemble de sa succession, y compris les biens en France, via une déclaration de choix de loi. Ce choix, combiné à une wasiyya bien rédigée, offre une planification successorale cohérente. Attention toutefois : si votre conjoint est de nationalité française, la réserve héréditaire française pourrait primer pour les biens situés en France.
❌ Erreurs fréquentes à éviter
- ✕Léguer plus d'1/3 de ses biens à des non-héritiers légaux : cette partie du testament sera annulée par le tribunal marocain.
- ✕Tenter de déshériter un enfant ou un héritier réservataire : impossible sans l'accord des autres héritiers selon la loi marocaine.
- ✕Ne rédiger qu'un testament olographe français pour ses biens marocains sans acte notarié marocain, rendant la procédure de succession très complexe.
- ✕Ne pas mettre à jour le testament après l'achat ou la vente d'un bien au Maroc, créant des incohérences dans la succession.
- ✕Oublier de désigner un bénéficiaire pour les comptes bancaires marocains : les liquidités non mentionnées seront partagées selon les règles de fara'id.
🔗 Liens et ressources officielles
Association des Notaires du Maroc
Trouver un notaire marocain et prendre rendez-vous
Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (France)
Enregistrer son testament en France
Service-public.fr - Succession internationale
Règles de succession avec biens à l'étranger
Ministère de la Justice marocain
Code de la famille et droit des successions
❓ Questions fréquentes
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