Réforme de la Moudawana : ce que disent les hommes marocains
Il paie le logement, la voiture, presque tout. Elle garde son salaire. Depuis l'annonce de la réforme de la Moudawana, beaucoup d'hommes marocains se posent la même question : se marier devient-il un risque pour l'homme ? Ce qui est fondé, ce qui relève de la rumeur.
Depuis l'annonce des grandes lignes de la réforme, en décembre 2024, une partie des hommes marocains s'inquiète. Sur les réseaux, dans les familles, chez les célibataires de la diaspora, la même question revient : est-ce que se marier devient un risque pour l'homme ? Ce que disent ces voix, ce qui est fondé, ce qui relève de la rumeur.
D'abord, où en est le texte
Il n'y a pas encore de nouvelle Moudawana. Au 15 octobre 2026, aucun projet de loi n'a été déposé au Parlement, et le Code de la famille de 2004 reste la seule règle applicable. Le détail des mesures annoncées et leur calendrier sont dans notre article Réforme Moudawana 2026 : ce qui va changer pour les MRE.
Les craintes portent donc sur des propositions. Pas sur une loi.
Ce que les hommes reprochent
Des droits nouveaux pour l'épouse, des charges qui ne bougent pas pour le mari
C'est l'argument qui revient le plus. La réforme reconnaît le travail de l'épouse au foyer dans les biens du couple, laisse la garde à la mère qui se remarie, lui confie la représentation légale des enfants. Mais le mari garde toutes ses obligations : la dot, le logement, la nafaqa pendant le mariage.
Et la pension des enfants reste à la charge du père seul. Le code actuel le dit clairement : la mère ne paie que si le père ne peut pas payer (article 199). Aucune annonce ne change ce point.
La femme qui travaille
Beaucoup d'hommes font la différence entre deux situations. Pour une épouse au foyer, protéger ses droits au divorce leur paraît juste. Pour une épouse qui travaille, beaucoup moins.
Leur raisonnement : son salaire reste à elle, et la coutume veut qu'elle participe peu aux dépenses. Au divorce, le mari paierait pourtant l'indemnité de divorce (mut'a) et toute la pension des enfants, sans que les revenus de l'épouse entrent dans le calcul. Pour la mut'a, le juge regarde la durée du mariage, les moyens du mari et les raisons du divorce (article 84). Pas le salaire de la femme.
Combien de couples sont concernés ? En 2025, moins d'une Marocaine sur cinq travaillait ou cherchait un emploi (19 %, contre 68,5 % des hommes, selon le HCP). Chez les femmes diplômées de 25 à 59 ans, la proportion monte à 33,9 %. La situation existe, elle grandit avec les études, mais elle reste minoritaire.
Le point qui fâche le plus : l'argent de chacun
Prenons un couple où les deux travaillent. C'est le scénario que beaucoup d'hommes décrivent.
Le mari arrive avec le logement, souvent une voiture. Il paie la dot, puis le loyer ou le crédit, les courses, les factures, l'école des enfants. C'est la règle du droit musulman et de la coutume : les dépenses du foyer sont à sa charge. Son épouse travaille aussi. Son salaire reste à elle, et la coutume ne lui demande qu'une petite participation, voire aucune. Proposer un vrai 50/50 sur les dépenses, beaucoup d'hommes n'osent même pas : c'est encore mal vu.
Dix ans passent. Comme le mari paie presque tout, elle a pu épargner. Peut-être acheter un appartement, un terrain, à son nom.
Puis vient le divorce. Ce que les hommes dénoncent tient en une phrase : ses biens à elle restent à elle, alors que les siens à lui peuvent être réclamés en partie.
Ce que dit la loi, précisément :
- •Chaque époux garde ses biens. Ce que le mari possédait avant le mariage n'est pas partagé (article 49).
- •Pour les biens achetés pendant le mariage, l'épouse peut demander une part de ceux du mari en prouvant ce qu'elle a apporté. La réforme ajoute que son travail au foyer compte comme un apport.
- •Ce qui n'apparaît dans aucune annonce, c'est l'inverse : que les dépenses du foyer payées par le mari, qui ont permis à sa femme d'épargner, comptent comme un apport aux biens qu'elle a achetés. Ces dépenses sont, en droit, une obligation du mari (la nafaqa), pas un investissement.
Le partage n'est pas automatique, et il n'y a pas de 50/50 dans les annonces. Mais le déséquilibre que décrivent ces hommes est réel : le travail de l'épouse au foyer est reconnu, l'argent du mari qui fait vivre le foyer ne l'est pas.
Les enfants
Des groupes d'hommes actifs en ligne, comme le mouvement « Red Pill », demandaient dès 2023 que la tutelle reste au père et que la garde soit partagée à égalité, pour que le père ne soit pas réduit à un rôle de payeur (L'Observateur, 6 octobre 2023). La réforme confie la représentation légale à la mère qui a la garde. Pour une partie des pères, c'est la crainte de compter moins dans la vie de leurs enfants après un divorce.
Le mariage lui-même
Le savant Ahmed Raissouni, ancien président de l'Union internationale des oulémas musulmans, a résumé cette inquiétude le 25 décembre 2024. Selon lui, les nouvelles règles pèsent sur l'homme avant le mariage, pendant, et après le divorce. Les jeunes risquent de s'en détourner, alors que la vie de célibataire et les relations hors mariage n'imposent aucune obligation. Il ajoutait, avec ironie, qu'on finirait peut-être par voir la femme payer une forte dot pour qu'un homme accepte de l'épouser (Akhbarona).
Le chercheur Abdallah Lahjaoui va dans le même sens avec des chiffres. Le Maroc compte déjà moins de naissances : 1,97 enfant par femme en 2024, contre 2,5 en 2004, sous le seuil de renouvellement des générations. Les mariages sont plus tardifs, les célibataires plus nombreux. Pour lui, la réforme pourrait accentuer cette tendance (Al3omk, 29 décembre 2024).
Dans nos échanges avec des MRE célibataires, deux réactions reviennent : se marier, mais avec un contrat sur les biens, ou ne plus vouloir se marier du tout.
Ce qui relève de la rumeur
« Plus de 2 300 mariages annulés ». Le chiffre a circulé fin décembre 2024. L'Instance nationale des adouls l'a démenti : son président, Bouchaïb Fadlaoui Idrissi, a parlé de chiffres faux et rappelé qu'il ne s'agissait que de propositions (L'Observateur, 27 décembre 2024).
« L'ex-femme touchera une pension à vie ». Faux. Après le divorce, la nafaqa de l'ex-épouse s'arrête à la fin de la 'idda, environ trois mois, sauf grossesse. Ce qui continue, c'est la pension des enfants.
« Le partage sera à 50/50 ». Rien dans les annonces ne le prévoit, comme expliqué plus haut.
L'autre côté du débat
Les associations de femmes trouvent la réforme trop timide : elle ne touche ni à l'héritage, ni vraiment à la polygamie. L'Association démocratique des femmes du Maroc la juge trop proche d'un consensus conservateur (Akhbarona, 9 janvier 2025). La juriste Najat Baqqali rappelait qu'il ne s'agit pas d'un nouveau code mais de propositions, pensées pour l'intérêt de la famille et pas des seules femmes.
Le prédicateur Younes Rihane, lui, note que la peur des jeunes face au mariage existait bien avant la réforme (Le Site info). Le coût d'un mariage, d'un logement, la précarité de l'emploi pèsent aussi.
Ce que la loi permet déjà
Trois outils existent depuis 2004, et peu de couples les connaissent :
- •Le contrat sur les biens (article 49). Signé à côté de l'acte de mariage, il fixe comment seront répartis les biens achetés pendant le mariage : maison, voiture, épargne. Les adouls doivent en informer les futurs époux.
- •Les conditions dans l'acte de mariage (articles 47 et 48). Les époux peuvent y inscrire des engagements, par exemple la participation de chacun aux dépenses du foyer.
- •La dot. La loi n'impose aucun montant. C'est la coutume qui fait monter les chiffres.
Le droit musulman admet les conditions dans le mariage. Un contrat n'est donc ni contraire à la loi, ni à la religion. Il n'est simplement pas encore entré dans les habitudes.
Ce qui reste ouvert
Le texte final n'est pas écrit. Quand il arrivera au Parlement, les députés pourront l'amender. Un point est au cœur des inquiétudes des hommes et n'a été tranché par aucune annonce : la prise en compte des revenus de l'épouse dans le calcul de la mut'a et de la pension des enfants.
Pour une situation concrète, garde, divorce ou succession, un avocat en droit de la famille peut dire ce que le code actuel prévoit. Les avocats vérifiés de l'annuaire LesMRE sont joignables depuis la messagerie du site.
Sources : Akhbarona (25 décembre 2024 et 9 janvier 2025), Al3omk (29 décembre 2024), L'Observateur (6 octobre 2023 et 27 décembre 2024), Hespress (30 septembre 2023), HCP via Hespress (taux d'activité 2025), Le Site info, Code de la famille (loi 70.03, articles 47, 48, 49, 84, 199). Article publié le 15 octobre 2026.
Articles similaires
Guides pratiques associes
Vous êtes MRE ?
Rejoignez la plateforme et accédez aux professionnels vérifiés au Maroc. Gratuit.
Vous avez un projet au Maroc ?
Trouvez un expert vérifié par LesMRE pour vous accompagner dans vos démarches.
Trouver un expert →


